En France, les troubles musculo-squelettiques représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues et ont coûté plus d'un milliard d'euros en 2021. Le « syndrome de la souris », qui regroupe l'ensemble des tendinites et douleurs du membre supérieur provoquées par l'utilisation intensive d'un ordinateur, est pourtant encore largement banalisé : trop de patients consultent au stade de douleur permanente, alors qu'une prise en charge précoce permet une récupération rapide, souvent sans arrêt de travail. Roxanne Beuvelet, ostéopathe à Vannes au sein de la Maison Flow, accompagne régulièrement des travailleurs de bureau confrontés à ces douleurs. Cet article vous guide pas à pas : comprendre pourquoi votre poignet souffre, découvrir ce que fait concrètement l'ostéopathe, et adopter les bons réflexes pour éviter la récidive.
Ce qu'il faut retenir
Lorsque vous utilisez une souris classique, votre avant-bras se place en pronation, c'est-à-dire paume tournée vers le bas. Cette position sollicite en continu trois muscles : le Rond Pronateur, le Carré Pronateur et le Brachio-Radial. Le problème, c'est que ce geste se répète des milliers de fois par jour. Selon le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, les utilisateurs d'ordinateur se servent de leur souris presque trois fois plus que de leur clavier.
Ces microtraumatismes cumulatifs finissent par enflammer les tendons des muscles extenseurs des doigts et du pouce, qui se prolongent jusqu'à l'épicondyle, au niveau du coude. Dans 97 % des cas d'épicondylite latérale, ce sont les fibres profondes du tendon du court extenseur radial du carpe qui sont atteintes ; dans 50 % des cas, le tendon de l'extenseur commun des doigts est également touché. On retrouve fréquemment la ténosynovite de De Quervain — une inflammation des tendons du pouce au poignet — et l'épicondylite latérale, plus connue sous le nom de « tennis elbow ». Tous ces muscles sont innervés par le nerf radial, dont les racines émergent des vertèbres cervicales C6, C7 et C8. C'est la raison pour laquelle la douleur peut remonter bien au-delà du poignet. Ces deux structures tendineuses sont directement accessibles aux techniques ostéopathiques de mobilisation de la tête radiale et de travail myofascial sur les extenseurs du poignet, ce qui justifie pleinement une prise en charge manuelle.
Une tendinite évolue selon quatre stades. Au stade 1, la douleur apparaît uniquement après l'activité. Au stade 2, elle se manifeste pendant et après le travail. Ces deux premiers stades sont de bon pronostic : la récupération est rapide avec une prise en charge adaptée.
Au stade 3, la douleur devient permanente et limite vos gestes quotidiens. Au stade 4, on constate une perte de force, voire une perforation du tendon, rendant le mouvement impossible. À ces stades avancés, la guérison peut prendre plusieurs années. Même dans les formes simples, un tendon met déjà trois à six semaines à cicatriser, un délai souvent allongé car les mouvements à l'origine de l'inflammation se poursuivent au quotidien. Il est toutefois rassurant de savoir que la chirurgie pour épicondylite n'est envisagée qu'en cas de forme chronique résistant à plus d'un an de soins médicaux, et qu'elle ne concerne que moins de 10 % des patients selon Ameli.fr. Après chirurgie pour épicondylite rebelle, un arrêt de travail de quatre semaines suffit généralement pour un poste sédentaire. Cette donnée permet de relativiser la crainte d'une évolution inévitable vers le bloc opératoire et de souligner l'intérêt d'une prise en charge précoce.
Les premiers signes à ne pas ignorer sont une sensation de brûlure, un engourdissement ou des fourmillements dans les doigts ou le poignet. Si votre tendinite récidive régulièrement, ce n'est pas une fatalité : cela signale simplement que la cause mécanique n'a pas été traitée. Selon la littérature scientifique, les symptômes de l'épicondylite récidivent dans 26 % des cas et provoquent des inconforts mineurs persistants dans 40 % des cas. D'après Ameli.fr, la guérison survient spontanément en moyenne dans les 12 mois suivant le début des symptômes lorsqu'une prise en charge est initiée ; sans traitement causal, ni le repos seul ni les infiltrations de cortisone ne modifient la mécanique sous-jacente, ce qui explique scientifiquement la chronicisation.
Au-delà du geste de travail répétitif, quatre facteurs méconnus favorisent la chronicisation d'une tendinite : (1) le tabac, qui diminue la vascularisation des tendons ; (2) une glycémie trop élevée (au-delà de 50 g de sucre ajouté par jour), associée à un risque accru de tendinite ; (3) le stress psychologique, qui génère une augmentation de la contraction musculaire au niveau du cou — l'INRS précise que les muscles ne se relâchent pas complètement entre les tâches chez les travailleurs stressés ; (4) une infection dentaire non traitée, qui peut empêcher la guérison en se diffusant dans l'organisme par les voies nerveuses. Si votre tendinite persiste malgré un traitement bien conduit, il peut être pertinent d'explorer ces pistes avec votre ostéopathe à Vannes ou votre médecin traitant.
À noter : l'épicondylite latérale liée à l'utilisation répétitive de la souris peut être reconnue comme maladie professionnelle sous le tableau 57 du régime général (affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail, créé en 1972, mis à jour en mai 2017). La démarche implique de constituer un dossier auprès de la CPAM via les formulaires S6100b, S6909, S3116 et S6202. Cette reconnaissance ouvre droit à une prise en charge financière spécifique, indépendamment d'un arrêt de travail. Par ailleurs, l'article R.4542-19 du Code du travail oblige l'employeur à soumettre à l'examen du médecin du travail tout salarié se plaignant de troubles pouvant être liés au travail sur écran, et l'article L4121-1 impose à l'employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour adapter les postes et prévenir les TMS. En cas de tendinite liée à la souris, vous pouvez donc solliciter une visite médicale sans attendre la visite périodique et demander un aménagement de poste formalisé.
L'ostéopathe ne se contente jamais d'examiner la zone douloureuse. Face à une tendinite du poignet liée à la souris, il évalue systématiquement toute la chaîne du membre supérieur : poignet, coude, épaule, cervicales et dorsales. Cette approche globale est essentielle, car la douleur peut avoir une origine éloignée du point où elle se manifeste.
Par exemple, un décentrage de l'épaule force le coude à compenser, ce qui devient une source directe d'épicondylite. Un blocage cervical au niveau C5-C6 ou C6-C7 peut induire une « pseudo-tendinite » par douleur projetée le long du nerf radial. Une étude publiée dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy a d'ailleurs montré que l'ajout de techniques manuelles cervicales dans la prise en charge de l'épicondylite accélère la récupération fonctionnelle.
Autre phénomène fréquent chez les travailleurs de bureau : en fin de journée, la fatigue posturale augmente la cyphose dorsale (le dos s'arrondit), ce qui déstabilise les omoplates et transfère les contraintes mécaniques vers les coudes. C'est ce qui explique les épicondylalgies bilatérales, ces douleurs aux deux coudes que ressentent tant de personnes travaillant sur écran.
Le traitement repose sur trois approches complémentaires. Les manipulations articulaires visent la tête radiale au coude (par décoaptation axiale), ainsi que les articulations de l'épaule, des cervicales et des dorsales. Pour qualifier l'origine articulaire de la tendinopathie, l'ostéopathe réalise des tests diagnostics spécifiques : glissement passif antéro-postérieur et inféro-supérieur de la tête radiale par rapport à la petite cavité sigmoïde du cubitus, tests de mobilité en flexion-extension et prono-supination coude fléchi. L'étude de Ladouceur identifie trois signes caractéristiques d'une tendinopathie d'origine articulaire directement accessible à l'ostéopathie : une limitation modérée de l'extension du coude, une douleur à l'extension terminale et une sensibilité à la palpation de l'interligne articulaire radio-capitellaire. L'objectif est de restaurer la mobilité là où elle fait défaut, pour que les tendons ne soient plus excessivement sollicités.
Les techniques myofasciales permettent de relâcher les fascias et les chaînes musculaires antérieures, notamment les pectoraux et les biceps souvent hypertoniques chez les travailleurs de bureau, ainsi que les muscles pronateurs et extenseurs du poignet. Le massage des tissus profonds détend les muscles tendus et améliore la circulation sanguine dans la zone, favorisant la réparation tissulaire.
Enfin, le travail neuro-méningé — aussi appelé neurodynamique — consiste à libérer les trajets nerveux du nerf radial, médian ou cubital, depuis les cervicales jusqu'à la main. Cette technique supprime les compressions nerveuses qui auto-entretiennent la tendinopathie. Le nerf, de par ses propriétés biomécaniques très différentes des autres tissus, ne peut être ignoré dans le traitement des pathologies du membre supérieur.
Aux stades 1 et 2, une à deux séances suffisent généralement. En phase aiguë, il convient d'appliquer au préalable le protocole PEACE (phase initiale) protection, élévation, éviter les anti-inflammatoires systématiques, compression, éducation & LOVE (rééducation) : charge progressive (Load), activité cardiovasculaire, exercice, retour aux fonctions.
Au stade 3, un suivi sur trois séances espacées de plusieurs semaines est souvent nécessaire pour rééquilibrer durablement la posture. Un mémoire universitaire (DUMAS, 2022) montre que les patients traités conjointement par ostéopathie et kinésithérapie récupèrent plus vite et présentent une diminution durable des entésopathies d'insertion.
Point crucial : le repos strict est contre-productif. L'arrêt complet du mouvement provoque une perte de force musculaire et un enraidissement, qui sont précisément les principaux facteurs de passage à la chronicité. Les muscles extenseurs non utilisés perdent leurs capacités, affaiblissant le système dans un cercle vicieux. Il faut arrêter le geste déclencheur tout en sollicitant le muscle par des exercices adaptés et progressifs.
Même après un traitement réussi, si votre poste n'est pas aménagé, la tendinite réapparaîtra. Voici les ajustements essentiels selon les recommandations de l'INRS :
Conseil : selon l'INRS, si les recommandations ergonomiques pour la souris et le clavier sont correctement respectées (hauteur du plan de travail, angle du coude à 90°, souris proche du corps), l'utilisation d'un repose-paume n'a aucune justification. Investir dans un bon réglage de poste est toujours plus efficace qu'ajouter un accessoire compensatoire.
Envisagez une souris verticale, qui positionne la main comme lors d'une poignée de main et supprime la pronation forcée, ou une trackball qui élimine totalement les mouvements du poignet. Pour la souris verticale, les critères de choix sont importants : privilégiez un angle d'inclinaison progressif (commencer à 25° plutôt qu'à 90° d'emblée), une sensibilité DPI réglable entre 800 et 1 600, et une taille adaptée à la morphologie de votre main. Les souris centrales de type RollerMouse, positionnées devant le clavier, constituent une autre option intéressante : elles favorisent un alignement corporel optimal et réduisent les mouvements latéraux du bras, contrairement aux souris latérales standard. Quelle que soit l'alternative choisie, prévoyez une période d'adaptation de deux à trois semaines minimum. L'INRS confirme que les souris verticales tendent à réduire la charge musculaire de l'extrémité du membre supérieur.
Toutes les heures, accordez-vous une pause active avec des étirements ciblés de 15 à 20 secondes chacun : étirement des fléchisseurs (bras tendu, paume vers le sol, tirez doucement les doigts vers le haut), étirement des extenseurs (bras tendu, paume vers le haut, tirez les doigts vers le bas), rotations lentes des poignets dans les deux sens, et ouverture-fermeture des doigts. Toutes les une à deux heures, levez-vous et marchez quelques minutes.
En phase de récupération, hors période aiguë, les exercices de renforcement excentrique sont particulièrement efficaces : avec un élastique, résistez à la descente du poignet, puis remontez-le avec l'autre main. Ce mouvement « négatif » renforce le tendon de façon progressive. Vous pouvez aussi serrer une balle souple dix fois, en maintenant cinq secondes à chaque compression.
L'hygiène de vie joue également un rôle souvent sous-estimé. Les tendons sont constitués à 70 % d'eau : une hydratation suffisante est indispensable. Les recommandations varient selon le sexe : entre 1,75 et 2 litres d'eau par jour pour un homme, et entre 1,4 et 1,6 litres pour une femme, dans des conditions de température ambiante modérée et d'activité physique modérée. Privilégiez une alimentation anti-inflammatoire riche en oméga-3 (sardines, maquereau, huiles de lin et de colza), en fruits et légumes colorés, et en protéines de qualité — matière première du collagène tendineux. Limitez les sucres raffinés et les produits ultra-transformés, qui entretiennent le terrain inflammatoire. Enfin, visez sept à neuf heures de sommeil par nuit : c'est le principal moment de réparation tissulaire.
À noter : le vieillissement réduit le contenu en eau et en protéoglycanes du tendon ainsi que sa vascularisation, avec une accélération significative après 60 ans. Pour les personnes concernées, cela implique des temps de repos et de récupération plus longs entre les séances de travail sur écran, et une vigilance accrue sur l'hydratation et les pauses actives. Si vous avez plus de 60 ans et travaillez quotidiennement à l'ordinateur, n'hésitez pas à en parler lors de votre consultation.
Si vous ressentez les premiers signes d'une tendinite du poignet liée à la souris — brûlure, fourmillements, raideur matinale —, n'attendez pas que la douleur devienne permanente. Roxanne Beuvelet, ostéopathe à Vannes, vous accueille au sein de la Maison Flow pour un bilan complet et une prise en charge personnalisée de vos TMS du membre supérieur. Son approche, à la fois préventive et curative, s'appuie sur des pratiques fondées sur les preuves et un suivi adapté à votre situation. Que vous soyez en poste, en télétravail ou en phase de récupération, une consultation précoce reste le meilleur moyen d'éviter le passage à la chronicité et de continuer à travailler sans gêne articulaire.